Société : La mauvaise gestion des cas d’abus sexuels sur mineurs

La situation des enfants victimes de violences sexuelles au Cameroun inquiète encore, à cause de plusieurs obstacles tant au niveau des familles que des institutions en charge du problème, notamment judiciaires.

« Des désistements spectaculaires de la famille devant la police et la gendarmerie », observe Jean Pierre Edjoa, directeur de la Protection sociale de l’enfance au ministère des Affaires sociales. En effet, témoigne-t-il, il arrive régulièrement qu’une famille déclare que l’enfant a été abusé, mais « le lendemain elle vous dit que le problème n’existe plus ».

Environ « 90% de ces situations de violences ont été commises dans le cercle familial, ou amical ou encore par des gens qui sont proches de ces enfants », indique Rabeantoandro Haingo Manga Ada, directrice du Centre vie et femmes au sein de l’Association de lutte contre les violences faites aux femmes (ALVF), pour qui il s’agit clairement d « intimidations et pressions des bourreaux ». Une situation qui démontre à suffisance la complexité du problème, car du moment où cela part des familles elles-mêmes, la loi du silence s’impose et la procédure, si jamais elle a été enclanchée s’interrompt.

Les cas d’abus sexuels sur des enfants sont en augmentation au Cameroun, selon les associations et les avocats qui mènent la lutte contre ce phénomène qui touche les enfants des deux sexes. Des rapports d’activités de certaines associations révèlent que même des enfants de 6 mois ont été victimes d’abus sexuels ces derniers mois, d’après une enquête d’Emmanuel Jules Ntap. Un risque contre lequel l’Unicef sonnait l’alerte il y’a encore quelques temps, à cause du confinement imposé aux familles par le covid-19.

Seulement au centre d’écoute des enfants de l’ALVF, plus d’une quarantaine de cas d’abus sexuels ont été enregistrés rien qu’entre mars et juin 2020, soit peu de temps avant l’expansion de la pandémie.

En 2017, l’Unicef et l’ALVF ont mis en place un programme spécifique de prise en charge des enfants victimes de violences sexuelles. Le programme, sous la houlette du Centre vie et femmes de l’ALVF, situé au quartier Tsinga à, Yaoundé, a pour principes : « confidentialité, gratuité des services », précise Rabeantoandro Haingo Manga Ada. Une initiative qui est donc de nature à encourager les langues à se délier en toute confiance et sans condition.

Malheureusement, l’on constate que même quand la famille est prête à témoigner, la majorité des cas d’abus sexuels sur les mineurs portés devant la police ou la gendarmerie au Cameroun n’aboutissent pas à un procès. « Il est important de former aussi bien au niveau de la police, de la justice pour voir comment on encadre ce genre d’enfants, comment on approche ce genre d’enfants, et quels sont les questions qu’on peut leur poser pour pouvoir arriver au but qu’on recherche pour ne pas les traumatiser davantage », propose Diane Tchamologne une avocate spécialisée dans la défense des droits des femmes, des personnes handicapées et des enfants victimes d’atteintes sexuelles.

Selon Jean Pierre Edjoa, directeur d’une plateforme nationale de protection de l’enfance et mis sur pied en 2016, en partenariat avec l’Unicef, les poursuites judiciaires ne s’ont qu’un aspect de la prise en charge. Il faut aussi faciliter la réinsertion sociale des enfants victimes des abus sexuels. « Même si la famille désiste, l’Etat a cette force-là de faire prévaloir non seulement les droits des enfants, mais aussi leur équilibre et leur remise sur la sellette sociale », prône-t-il.

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