Le gavage des enfants dans le Septentrion

Les enfants jusqu’à un certain âge dans le septentrion subissent une ingestion forcée des aliments par leurs mamans sous le prétexte de la tradition, une pratique risquée pour les enfants et qui laisse parfois des séquelles.

Au Nord Cameroun, le gavage des enfants est une pratique courante au cours de laquelle, l’enfant immobilisé de force, le nez bouché et ainsi obligé d’avaler plus de nourriture qu’il n’en peut. « Quand elle bouche le nez du bébé, celui-ci respire difficilement, ce qui l’oblige à ouvrir sa bouche dans laquelle elle verse la bouillie », raconte une voisine de Florence Gavaina, une mère encore plongée dans la pratique.

La maman assise sur un tabouret déshabille sa fille de quelques mois, l’asperge d’un peu d’eau et la fait asseoir sur ses pieds, le dos contre ses jambes et la tête coincée entre ses genoux. C’est alors que commence le calvaire de l’enfant, qui est forcée d’ingurgiter la bouillie que sa mère lui donne par le creux de la main. L’enfant naturellement se débat, crie et rejette l’excédent de bouillie dans sa bouche, mais rien n’y fait. Le calvaire ne prend fin qu’au bout de quelques minutes.

Le gavage traditionnel des enfants commence dès l’âge de 3 mois et peut aller jusqu’à deux ans. Le but est de leur faire absorber de manière régulière de l’eau chaude ou de la bouillie pour les rendre « plus forts » ; une pratique toujours très répandue, en dépit du danger pour l’enfant qui risque la plupart du temps une asphyxie. « D’un point de vue médical, les gavages traditionnels peuvent être dangereux. Le bébé peut être asphyxié et parfois cela peut entrainer son décès », explique à France 24 Touroyana Kama, pédiatre.

Même si le malaise de l’enfant et ses cris démontrent des risques flagrants, Rosalie Mbatbai, une vieille femme de Maroua assure que « n’est pas dangereux ». Pour elle, le gavage « est une pratique ancestrale transmise de génération en génération » et « ça ne va pas changer ». Une idée très répandue dans les campagnes de cette région, où la pratique est plutôt vue comme un moindre mal pour maintenir les enfants en bonne santé.

« Les mères qui procèdent de cette façon sont persuadées qu’elles font du bien à leurs enfants », explique Henry Tourneux, chercheur français et co-auteur d’un reportage sur la question. « Elles n’ont pas de gestes brutaux » ni avant, ni pendant, ni après le gavage, mais au contraire « des gestes doux avec l’enfant ». Pour le chercheur, il est à déplorer qu’aucun des programmes de nutrition infantile menés dans la région ne propose des alternatives aux mamans pour une alimentation sans risque du bébé ; chose qui passera d’abord et nécessairement par l’éducation des mamans qui croient bien faire.

Joël ESSIMI.

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