Soudan : Le gouvernement criminalise les mutilations génitales féminines

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C’est le 22 avril dernier que le Soudan a criminalisé l’excision et autres mutilations génitales féminines (MGF), des pratiques qui touchait 87 % des femmes soudanaises âgées de 14 à 49 ans, selon les Nations Unies.

L’amendement à l’article 141 du droit pénal a été approuvé par les conseils souverain et ministériel le 22 avril dernier. L’Unicef se félicite d’ailleurs de ce que tous les amendements proposés par le Conseil national pour la protection de l’enfance, conformément sa vision de promouvoir les droits de l’enfant ont également été approuvés, a-t-il noté dans un communiqué de presse.

L’excision est l’ablation partielle ou totale des organes sexuels externes de la femme ou autre lésion des organes sexuels féminins, petites lèvres ou clitoris; elle est une des formes de MGF. Des actes pratiqués sans raisons médicales, généralement dans des conditions d’hygiène douteuses, provoquant souvent des hémorragies ou des infections pouvant aller jusqu’au choc septique et à la mort. Dans certains pays, les MGF sont considérées comme des rites de passage des femmes à l’âge adulte, mais aussi comme un moyen de contrôle de la sexualité et du plaisir féminins.

Les MGF, en plus de constituer des violations graves aux droits des femmes et surtout ceux des jeunes filles, peuvent entraîner des infections urinaires, utérines et rénales, des kystes, des problèmes gynécologiques et des douleurs lors des rapports sexuels. « Cette pratique n’est pas seulement une violation des droits de chaque petite fille, elle est nuisible et a de graves conséquences sur la santé physique et mentale d’une fille », a déclaré Abdullah Fadil, Représentant de l’UNICEF au Soudan. « C’est pourquoi les gouvernements et les communautés doivent prendre des mesures immédiates pour mettre fin à cette pratique ».

Cette interdiction fait par ailleurs suite au changement récent de régime politique, le précédent s’étant toujours insurgé contre l’interdiction de ces mutilations. Trois ans de prison, c’est désormais ce que risquent les personnes pratiquant l’excision ou toute autre forme de MGF au Soudan.

Il faut noter que les MGF étaient déjà illégales dans certains États soudanais, mais ces interdictions étaient la plupart du temps ignorées. La nouvelle législation adoptée par le gouvernement de transition a donc le mérite d’avoir généralisé l’interdiction au niveau national. C’est une décision forte de la part du gouvernement militaire de transition, ainsi qu’une victoire pour les femmes soudanaises qui se battent depuis des années contre cette pratique.

A l’occasion de la Journée internationale contre les mutilations génitales le 6 février dernier, l’ONU avait indiqué que plus de 4 millions de filles risquent de subir des mutilations génitales féminines en 2020. « Les mutilations génitales féminines sont une manifestation flagrante de l’inégalité entre les sexes qui est profondément ancrée dans les structures sociales, économiques et politiques », rappelait le Secrétaire général des Nations unies, António Guterres, dans un message publié à cette occasion. « C’est également une violation des droits de l’homme et une forme extrême de violence à l’égard des filles. »

C’est donc une victoire pour les femmes dans le pays, même si des inquiétudes subsistent, car elles craignent que la pratique continue à survivre dans la clandestinité.

Pour l’Unicef, l’abandon de cette pratique ne concerne pas seulement la réforme juridique, il est question de travailler très dur avec les communautés pour aider à faire respecter cette loi ; une opération de sensibilisation qui permettra aux uns et aux autres de prendre conscience de la nocivité d’une telle pratique sur la vie des femmes en premier lieu, mais aussi sue celles des communautés.

Joël ESSIMI.