Fermeture des établissements : Que vont faire élèves et étudiants ?

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Depuis le mercredi 18 mars, les établissements scolaires et universitaires sont fermés ; une mesure adoptée par le gouvernement camerounais pour éviter toute nouvelle contamination. La question qui se pose désormais est celle de savoir comment les élèves et étudiants vont occuper leur temps libre.

La nouvelle pandémie qui frappe le monde depuis peu a conduit à la prise de mesures plus ou moins drastiques selon les pays, allant de la fermeture des frontières (terrestres, aériennes et maritimes) au confinement. Le Cameroun à son tour a adopté une série de 13 mesures, à l’effet de juguler la propagation du COVID-19. Il s’avère toutefois important de comprendre les implications de la mesure relative à la fermeture des établissements.

Les activités habituelles

En général pendant les vacances, les enfants, ayant plus de temps libre se livrent à toutes sortes d’activités. Celles-ci varient toujours en fonction de leur classe sociale ou des moyens de leurs parents. En effet, quand certains s’occupent dans des centres de loisirs, des parcs, des restaurants, camps de vacances, d’autres s’attèlent plutôt à préparer leur prochaine rentrée scolaire en faisant des petits travaux contre rémunération (cela va des stages de vacances aux travaux durs dans des chantiers de construction), ou encore en faisant du commerce à la sauvette, en pleine rue. On voit ainsi parfois des gamins y compris à des heures tardives, plateaux à la main ou sur la tête écumer bars, boutiques, et alentours de boites de nuit et toutes sortes d’autres lieux inappropriés pour des enfants.

Chez d’autres élèves par contre, on obverse des dérives. Lorsqu’ils ne sont pas dans des débits de boisson, on les retrouve dans des salles de jeux et d’autres lieux peu recommandables, y compris et surtout la nuit. Il s’agit là de délinquance, laquelle est exacerbée par la consommation de drogues diverses.

Si la fermeture des écoles contribue à diminuer le risque de propagation du COVID-19, il faut quand même relever l’impact d’une telle mesure sur la scolarité des élèves et étudiants.

Impact sur les programmes scolaires et le niveau des élèves

L’impact le plus notable est le grand retard sur les programmes scolaires nationaux. En effet, l’arrêt des cours inclus naturellement un retard sur les programmes d’enseignement, ce qui aura évidemment une incidence conséquente sur le reste de l’année. Les examens officiels vont-ils être reportés ? L’année scolaire va-t-elle être prorogée ? Des réponses que seules les institutions habilitées pourront apporter.

L’autre conséquence sera que les élèves et étudiants, livrés à l’oisiveté pourraient perdre des notions déjà acquises, du fait du contact qu’ils n’auront plus avec leurs cahiers. Ne dit-on pas que la répétition est la mère des études ? Cette situation pourrait être comparable à l’habituel difficile début des classes au cours duquel, les enfants, ayant perdu l’habitude de l’effort intellectuel doivent réapprendre à mettre leur cerveau à contribution par l’étude. La mesure ayant été immédiatement appliquée après son adoption, les établissements scolaires n’ont pas eu le temps d’affecter à leurs élèves des exercices quotidiens pour les maintenir en état d’alerte pendant cette période de « congés » indéterminée.

Néanmoins, certains établissements du pays ont trouvé des solutions plus ou moins idoines à la question.

La solution numérique

Les grandes avancées des NTIC permettent aujourd’hui des prouesses impensables pour une autre époque. L’informatique et l’internet permettent désormais de faire chez soi ce que l’on faisait de façon beaucoup plus pénible auparavant. Dans le domaine éducatif, cette avancée est encore plus notable dans la mesure où aller en bibliothèque ou en librairie par exemple n’est plus nécessaire pour disposer d’un livre, l’on peut posséder des milliers de livres seulement dans un support électronique. C’est à cet égard qu’en évoluant, le système éducatif a intégré l’outil informatique à son fonctionnement, si bien qu’il est aujourd’hui possible de suivre un cursus académique en ligne.

Le Cameroun a amorcé au cours de ces dernières années une révolution du numérique. Malgré la lenteur des avancées attendues, des évolutions restent tout de même notables. Même si les campus et autres établissements scolaires ne sont pas encore tous « connectés », il semble qu’il soit possible de mettre en place des programmes en vue d’assurer le suivi des cours en ligne, surtout en cette période de crise sanitaire grave qui oblige à limiter la plupart des activités aux domiciles.

S’agissant de l’enseignement secondaire, certains établissements tels que le collège François Xavier Vogt ont décidé de créer une plateforme numérique à partir de laquelle les élèves recevront les cours et les devoirs, et où ils subiront également des interrogations. Même si l’on observe une certaine timidité de la part des établissements scolaires secondaires par rapport à cette solution, il faudra qu’elle soit adoptée et implémentée de façon beaucoup plus générale.

L’enseignement supérieur quant à lui a pris les choses en mains. Dans une communication spéciale, le Ministre des enseignements supérieurs, le professeur Jacques Fame Ndongo, a « passé en revue les enjeux et défis que cette pandémie pose à l’enseignement supérieur. Il a à cet effet insisté sur l’urgence d’une réponse approprié et concertée pour la poursuite d’une année académique 2019-2020 qui réponde aux impératifs d’assurance qualité, de professionnalisation, d’employabilité des diplômés, et de numérisation des enseignements, malgré les exigences liées au confinement. » C’est ainsi qu’au plan pédagogique, il sera question de « la mobilisation des technologies de l’information et de la communication à l’effet de poursuivre les activités de formation en ligne grâce aux outils numérisés accessibles aux étudiants, dont en particulier les plateformes numériques institutionnelles d’enseignement en ligne et les médias sociaux. »

Dans les universités de Yaoundé 1 et Yaoundé II-Soa notamment, les cours en présentiel sont suspendus depuis le 18 mars dernier. En effet, à Yaoundé I, grâce à un plan qui promet la création d’une plateforme de mise en ligne des cours avec lien d’accès aux étudiants, la mise en place d’amphithéâtres virtuels avec affectation d’adresses électroniques aux enseignants et aux étudiants est en cours. Ces derniers pourront ainsi bénéficier des cours depuis le confort de leur maison, sans courir le risque d’une contamination. Yaoundé II pour sa part permettra aux étudiants d’avoir accès aux versions numériques les supports de cours des enseignants.

Il faut toutefois noter qu’au Cameroun, une telle mesure intervenant dans un tel contexte est une première. D’une part elle promet d’éprouver rudement les ressources à la disposition des universités pour répondre efficacement à cette nouvelle forme de demande ; et d’autre part elle va mesurer le niveau de réceptivité d’une telle initiative auprès des étudiants.

Même si les écoles primaires ne sont pas encore engagées dans ce processus, il n’en demeure pas moins que la grande majorité des établissements ont conscience que cette solution est plus qu’adaptée pour faire face à la propagation du coronavirus, un moyen pour occuper utilement la jeunesse qui sera absente des établissements scolaires durant un moment, le temps pour les autorités sanitaires camerounaises et mondiales de juguler la pandémie. L’école continue !