Un rapport de la Banque Africaine de Développement (BAD) fait état du taux de scolarisation en Afrique

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Pour la BAD, les dépenses publiques par élève en Afrique sont les plus faibles du monde. L’institution financière internationale établit ainsi un lien de causalité entre la scolarisation des jeunes et le développement économique et social du continent.

Cette année, dans son rapport annuel sur les Perspectives économiques africaines 2020 publié jeudi et qui a pour thème « Former la main d’œuvre africaine de demain », la Banque africaine de développement (BAD) a donc zoomé sur l’éducation, soulignant combien éducation et croissance économique sont étroitement corrélées.

Pour ceux qui s’intéressent aux matières premières agricoles notamment en Afrique de l’Ouest, le sujet a une résonnance particulière tant le dossier du travail des enfants, et donc leur non-scolarisation, est un dossier des plus épineux dans la filière cacao notamment en Côte d’Ivoire. Mais cela va au-delà. Lors du séminaire organisé conjointement par CommodAfrica et l’Institut des sciences et techniques de la communication (ISTC) la semaine dernière à Abidjan, plusieurs intervenants ont évoqué l’importance de ces questions d’éducation et de formation dans le développement agricole ivoirien. Pour Bernardin Kouadio Kouamé, qui dirige l’entreprise agroalimentaire Djera, la professionnalisation agricole est le premier gros défi, que ce soit sous la forme de la formation initiale mais aussi continue. Or, on en est loin : « Aujourd’hui, qui va à l’agriculture ? Celui qui est en échec scolaire. Aujourd’hui, un jeune peut choisir son métier. Et il réussira autrement qu’une personne qui est dans l’agriculture sans l’avoir choisi », souligne le patron qui a annoncé ouvrir une école de formation sur son exploitation. Et d’autres, lors de ce séminaire, d’évoquer l’impact du repas scolaire à midi pour maintenir les enfants à l’école non seulement pour le nourrir mais aussi parce que les parents sont souvent dans les champs à plusieurs kilomètres de là.

Et la BAD confirme, dans son rapport, l’importance de cette perception que les parents ont du bénéfice de l’éducation de leurs enfants. « Si le bénéfice perçu  est  faible,  les  parents ont tendance à demander moins de scolarisation pour leurs enfants et les enfants ont tendance à être moins motivés pour poursuivre leur scolarité jusqu’au niveau supérieur« .

Elle confirme aussi l’importance de l’accessibilité géographique de l’école. « En Afrique, un enfant sur quatre vit à au  moins  2  kilomètres  de  l’école  la  plus  proche, sans accès à des moyens de transport fiables. » Ces conditions sont encore plus difficiles pour les ménages vivant en zone rurale et dans les pays à faible revenu. « Par conséquent, l’amélioration de l’accès aux écoles grâce à la réduction de la distance moyenne entre le domicile et l’école et  à  l’amélioration  des  transports  terrestres peut réduire le taux de décrochage et la fréquentation irrégulière, en particulier dans les zones reculées. »

Si la durée moyenne de scolarisation  sur  le  continent  africain  est de cinq ans pour les femmes et de six pour les hommes (chiffres de 2018), la raison n’est pas tant la non scolarisation que « le niveau élevé des taux d’abandon dans l’enseignement  primaire  et  dans  le  premier  cycle  du  secondaire« . Des taux d’abandon élevés dus en premier lieu à la pauvreté mais pas seulement, confirme la Banque : « la violence, la mauvaise qualité de l’éducation et la perception du faible bénéfice de l’éducation entrent également en jeu. » « Dans de nombreuses régions d’Afrique, les châtiments corporels  et  les  punitions  psychologiques  sont  utilisés  pour  discipliner les élèves. La violence et le harcèlement à l’école touchent également de très nombreux élèves. La proportion d’élèves déclarant avoir été victimes de harcèlement est particulièrement élevée en Afrique subsaharienne (48,2 %) et en Afrique du Nord (42,7%). »

 

La BAD préconise donc, d’introduire l’enseignement obligatoire, au moins au niveau primaire en interdisant le travail des enfants (et faire appliquer cette interdiction). « Les obligations légales peuvent contribuer à surmonter les barrières culturelles et autres qui favorisent le décrochage, tandis que l’interdiction du travail des enfants peut accroître le taux d’achèvement scolaire. »

Ceci dit, même éduqué, souvent « les étudiants africains ont, en moyenne, des résultats aux examens inférieurs à ceux des étudiants d’autres régions du monde. » Dans le cadre du test harmonisé au niveau mondial dont les scores s’établissent entre 300 et 625, les élèves africains ont obtenu en moyenne 374 en 2017, précise encore la BAD dans son rapport.  Toutefois, certains pays à faible revenu tels que le Burkina Faso, la Guinée et le Sénégal, ont obtenu des résultats supérieurs à la moyenne des pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure en Asie et des pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure en Amérique latine.

Pourtant, « Le lien entre la nutrition et les aptitudes cognitives de la main-d’œuvre est clair : un enfant qui a faim ne peut pas apprendre correctement. Or, la nutrition est généralement négligée et reste gravement sous-financée tant par les pouvoirs publics que par les donateurs. Le QI d’une personne peut être réduit de 5 points de pourcentage par un faible poids à la naissance, de 5 à 11 points de pourcentage par des retards de croissance et de 10 à 15 points de pourcentage par une carence en iode. En 2017, l’Afrique concentrait plus d’un tiers des enfants de moins de cinq ans souffrant d’un retard de croissance dans le monde, avec des taux allant de 17 % en Afrique du Nord à 36 % en Afrique de l’est. De plus, le nombre d’enfants souffrant d’un  retard  de  croissance  en  Afrique est en augmentation. »

En 2015, les ménages africains ont consacré en moyenne 35 % de  leur  budget  à  l’alimentation,  3,5  %  aux  soins  de santé et 2,5 % à l’éducation.

« Près  de  la  moitié  des  jeunes  salariés  en  Afrique  perçoivent  leurs compétences comme étant en inadéquation avec leur emploi, tandis qu’environ deux tiers des jeunes sont soit sur-éduqués, soit sous-éduqués. La proportion de jeunes sous-éduqués (presque 55%) est considérablement plus élevée que dans d’autres régions (36%). »

Entre 2010 et 2017, les pays africains ont en moyenne alloué 5 %  de  leur  PIB  et  16  %  des  budgets  publics à l’éducation, juste au-dessus des limites inférieures recommandées par l’ONU qui sont respectivement de 4% et 15% ». Mais « ce montant rapporté à la taille de la population scolarisée est faible. En effet, le montant des dépenses publiques par élève en Afrique est  le  plus  bas  du  monde,  avec  seulement  $ 533 pour le primaire et $ 925 pour le secondaire (en termes de parité de pouvoir d’achat). »

« Les  gouvernements  africains  consacrent  la  plus grande partie de leur budget d’éducation à l’enseignement  primaire  (38 %),  l’enseignement  secondaire  (37 %)  et  l’enseignement  supérieur  (20%).  Seuls  4  %  vont  à  l’enseignement  et  la  formation techniques et professionnels, et 2 % à l’éducation préscolaire. »

Quant aux bailleurs de fonds, après avoir baissé en 2011 leur aide à l’éducation, elle a reprise, atteignant 14,8 milliards de dollar en 2017. De cela, l’Afrique a reçu 5,4 milliards de dollar, soit  36 %  du  total. Dans certains pays africains, dont le Burkina Faso, le Mali et la Zambie, la part de l’aide internationale dans les budgets publics de l’éducation est supérieure à 25%, précise encore la BAD.

Il faut de plus souligner l’apport massif de la diaspora. « Les  transferts  de  fonds  des  migrants  nationaux  et  internationaux  sont  pour  de  nombreux ménages une source importante de financement de l’éducation. «