Les enfants face aux écrans

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L’évolution de la technologie notamment en matière d’écrans c’est-à-dire des périphériques de sortie permettant la communication visuelle avec l’utilisateur, a permis aujourd’hui à tout le monde d’y avoir accès. Cette accessibilité s’étend ainsi jusqu’aux enfants, lesquels y sont exposés en longueur de journée. Il se pose alors la question de leur impact sur la vie quotidienne ainsi que le développement des tout petits.

Un moyen pour les parents d’occuper leurs enfants

À l’ère où le numérique règne, les enfants passent de plus en plus de temps devant les écrans (TV, téléphone, ordinateur) au détriment d’autres activités. Il se crée le plus souvent des addictions qui induisent des difficultés pour les enfants à se tourner vers d’autres activités plus extérieures ou réelles, comme lire des livres, jouer à l’air libre ou se balader.

Pour certains parents, placer l’enfant devant un écran pour l’occuper peut être une solution pratique, mais elle n’est pas sans conséquences.

Les conséquences pour les enfants

Mettre entre les mains des jeunes enfants un smartphone ou une tablette est un moyen efficace pour les parents de les distraire, d’autant plus qu’ils y sont très réceptifs, mais différentes études évoquent de multiples conséquences négatives dans les cas où cela devient une habitude : troubles du sommeil, échec scolaire en recrudescence, risque d’obésité accru, prédisposition à la dépression ou encore une dégradation des relations.

Depuis quelques années, les études alarmistes attestant des effets nocifs des écrans sur le cerveau des enfants. « La multiplication des écrans engendre une décérébration à grande échelle », lançait le 23 octobre dernier Michel Desmurget, directeur d’étude au CNRS et auteur du livre La Fabrique du crétin digital, dans une interview publiée dans Le Monde. Cela pour indiquer que le temps passé sur les smartphones, télévisions et autres jeux vidéo modifie la structure du cerveau des enfants.

Selon Violaine Schricke pédopsychiatre, une trop grande exposition aux écrans entraine « chez les moins de 3 ans (…) des retards de langage et des troubles attentionnels. Chez les plus grands si les écrans sont dans la chambre, cela peut impacter le sommeil, l’attention, la mémorisation. ».

Selon certaines études, les conséquences sur le sommeil sont établies et sont plus importantes si le temps d’utilisation des écrans augmente.

Une nouvelle étude publiée récemment dans le mensuel britannique The Lancet Child & Adolescent Health, présente les conclusions des travaux menés à Singapour par une équipe de chercheurs internationaux et conforte dans leurs positions ceux qui crient aux dangers des écrans pour les jeunes enfants. L’objectif a été d’évaluer leur impact sur l’activité des tout-petits quand ils grandissent. Plus précisément, les chercheurs se sont intéressés aux conséquences d’une exposition d’un enfant de 2 ans sur son sommeil et son activité physique trois ans plus tard. Leur bilan vient étayer des soupçons déjà anciens : plus un enfant passe de temps devant les écrans à 2 ans, moins il bouge à 5 ans.

Pour obtenir des résultats fiables, les 16 chercheurs ont sélectionné 552 enfants de Singapour, enrôlés dès leur naissance dans une cohorte baptisée Gusto. Quand ces derniers ont eu 2 ans, les chercheurs ont demandé à leurs parents de relever leur temps passé devant différents types d’écrans. Trois ans plus tard, ils les ont équipés, durant une semaine complète, 24 heures sur 24, d’un accéléromètre, appareil évaluant l’intensité des mouvements. « L’idée était de mesurer l’effet des écrans sur leur activité future, puis d’identifier précisément à quels types d’activités s’était substitué le temps passé devant la télé, les tablettes ou les smartphones, explique l’épidémiologiste français de l’Inserm Jonathan Bernard, coauteur des travaux singapouriens. (…) ». Il en ressort ainsi qu’ « un enfant s’habitue à la sédentarité à laquelle le contraint l’écran (…) ».

Néanmoins, d’autres chercheurs pensent que ce ne sont pas les écrans qui causent ces problèmes mais l’utilisation que l’on en fait. Ils peuvent même avoir des bienfaits sur le développement des plus jeunes.

En effet, selon un avis de l’Académie des sciences françaises qui se base sur les dernières connaissances scientifiques en la matière pour reconnaitre des bienfaits aux nouvelles technologies, il est surtout question pour les parents d’accompagner les enfants dans leur découverte de celles-ci.

« L’utilisation de l’internet et d’outils numériques variés a transformé d’abord les loisirs, puis l’apprentissage, l’éducation et la formation culturelle des enfants de tous âges. Cette évolution, qui apparait aujourd’hui irréversible, a des effets positifs considérables en améliorant l’acquisition des connaissances et des savoir-faire, mais aussi en contribuant à la formation de la pensée et à l’insertion sociale des enfants et des adolescents », estime l’Académie, qui attire cependant l’attention sur le fait qu’ « une utilisation trop précoce ou une sur-utilisation des écrans a des conséquences délétères durables sur la santé, l’équilibre et les activités futures -intellectuelle, culturelle et professionnelle ».

 

Il faut trouver un juste équilibre

Pour Olivier Houdé, psychologue spécialiste du développement de l’enfant à l’Académie des sciences, il est avant tout nécessaire de prendre conscience de la révolution de cette culture numérique et des bouleversements qu’elle induit sur le fonctionnement de notre cerveau. « L’intelligence numérique pourrait être plus fluide, plus rapide et multitâche que la culture littéraire » classique, plus lente mais plus profonde, explique-t-il. Mais ces deux cultures ne sont pas foncièrement incompatibles ; et si nos enfants « apprennent à jongler avec les deux, à les combiner, ils feront des merveilles » dont les générations précédentes seraient incapables, estime-t-il.

L’Académie américaine de pédiatrie a proposé en 1999 un guide pour les parents : « pas d’écran avant 2 ans, une heure par jour entre 3 et 6 ans, 2 heures entre 6-9 ans et 3 heures au-delà. Mais il s’agit de temps réel global, incluant la télévision, l’ordinateur pour jouer, l’ordinateur pour travailler, la console portable… ».

On peut donc éduquer les enfants aux écrans dès le plus jeune âge à condition d’éviter une exposition passive, comme les laisser seuls devant la télévision, sans expliquer et dialoguer avec eux sur les images qu’ils reçoivent.

Il faut donc, non pas interdire mais accompagner l’usage des écrans. Pour cela, il est préférable de déterminer des règles quant à l’utilisation de ces appareils par les enfants. Des limites horaires doivent être fixées en fonction de leur âge. Pour contrôler l’usage d’un ordinateur ou d’une tablette par un enfant, il est conseillé de l’accompagner et de lui faire découvrir les activités éducatives ou de loisirs auxquelles il peut s’adonner.

L’installation d’un filtre parental sur internet ou à travers le fournisseur d’images est aussi nécessaire .

Il faut simplement utiliser ces outils en bonne intelligence. L’objectif est de sélectionner des activités qui favorisent le développement cognitif de l’enfant.

Et pour éviter que les enfants ne passent trop de temps devant la télévision, l’une des solutions est de les inscrire à des activités extérieures telles que le sport, la danse ou encore musique.